Préparation mentale et endurance : 25 heures, 25 départs

Un étudiant en STAPS m'a contacté cet été. Son projet : courir une boucle de 4 kilomètres toutes les heures, pendant 25 heures d'affilée, pour une association caritative. Cent kilomètres au total, découpés en vingt-cinq morceaux.
Il ne m'a pas dit « je ne sais pas si je peux courir 100 km ». Il m'a dit : « j'ai peur de ne pas réussir à repartir. »
C'était la bonne question.
Le vrai adversaire n'est pas la distance
Quatre kilomètres, il les avale en une vingtaine de minutes. Pris isolément, aucune de ces boucles ne pose de problème. Le problème, c'est de les enchaîner vingt-cinq fois.
Ce format n'est pas une épreuve continue. C'est une épreuve fragmentée. Vous courez vingt minutes, puis vous attendez quarante minutes. Puis vous repartez. Puis vous attendez. La difficulté ne se loge pas dans l'effort. Elle se loge dans l'intervalle.
Le creux est le moment dangereux
Pendant l'effort, le corps est occupé et la tête suit. Dès l'arrêt, tout change. Le corps refroidit. Les douleurs deviennent audibles. Et surtout, le cerveau se met à faire des calculs : « il en reste quatorze », « je suis à peine à la moitié », « demain à cette heure-ci je courrai encore ».
C'est là que les abandons se décident. Pas en courant. Assis.
Notre travail a porté sur ces quarante minutes-là.
Réduire l'horizon
Première règle posée ensemble : interdiction de penser à l'épreuve entière.
Vingt-cinq heures, c'est un chiffre écrasant. Il ne sert à rien pendant la course. Le seul horizon autorisé, c'est la boucle suivante. Une seule question à se poser, toujours la même : « est-ce que je peux faire les quatre prochains kilomètres ? »
La réponse est oui. Elle est oui à la boucle 3, elle est encore oui à la boucle 19. On ne répond jamais à la question de savoir si on tiendra jusqu'au bout, parce que cette question n'a pas de réponse utile à trois heures du matin.
On a écrit cette règle avant le départ. Sur papier. Pour qu'elle n'ait pas à être réinventée en pleine fatigue.
Ritualiser le redémarrage
Vingt-cinq départs, c'est vingt-cinq décisions à prendre. Et une décision coûte cher quand on n'a pas dormi.
On a donc supprimé la décision. À la place, une routine de redémarrage fixe : les six minutes avant chaque top départ, toujours les mêmes gestes, dans le même ordre. Boire, se relever, mobilité des chevilles, deux respirations longues, se placer sur la ligne. Rien de spectaculaire. Juste identique.
L'intérêt d'une routine, ce n'est pas de motiver. C'est de retirer la question du menu. Quand la séquence démarre, le corps sait où elle va.
En boxe, c'est exactement ce qu'on fait avant de monter sur le ring : mêmes gestes, même ordre, à chaque combat. Le rituel ne rend pas plus fort. Il rend prévisible pour soi-même.
Cette routine, on l'a testée à l'entraînement pendant plusieurs semaines. Une routine qu'on découvre le jour J n'est pas une routine.
Changer la nature du dialogue interne
Sous fatigue, la tête produit des phrases. Le tout est de savoir lesquelles on écoute.
« J'ai les quadriceps en feu et il reste onze heures » : c'est une évaluation. Une évaluation ouvre toujours une négociation, et dans une négociation avec soi-même à quatre heures du matin, on perd.
« Épaules basses, foulée courte, on sort » : c'est une instruction. Une instruction n'ouvre rien. Elle s'exécute.
On a préparé trois instructions courtes, adaptées à sa foulée, qu'il pouvait sortir sans réfléchir. L'objectif n'est pas de « penser positif ». L'objectif est de remplacer un contenu négociable par un contenu exécutable.
Placer le « pourquoi » au bon endroit
Il courait pour une association. C'est un ancrage puissant. Mais un ancrage qu'on sollicite en permanence s'use.
On a donc décidé de le réserver. Pas de discours sur la cause pendant les dix premières boucles. On l'a gardé pour deux moments identifiés à l'avance : le passage de nuit, et la boucle où la moitié est atteinte sans que la fin soit en vue.
Cartographier les zones critiques avant le départ fait partie du travail. On sait rarement quand la fatigue arrive. On sait très bien où sont les pièges structurels d'un format.
Ce n'est pas une question de mental d'acier
C'est le point que je répète le plus souvent, avec les athlètes comme avec les étudiants en concours.
Cet étudiant n'a pas tenu vingt-cinq heures parce qu'il avait plus de niaque que les autres. Il a tenu parce qu'il avait un protocole : un horizon réduit, une routine de redémarrage, des instructions prêtes, un ancrage placé au bon moment.
La niaque, c'est un trait de caractère. On l'attend. Un protocole, ça se construit, ça se teste et ça se répète.
Et le format est transposable. Un concours de médecine, ce sont aussi des redémarrages : se remettre au travail chaque matin pendant huit mois. Un dirigeant qui traverse une période longue sous pression fait le même travail. Ce n'est jamais l'effort qui casse les gens. Ce sont les reprises.
Vous préparez une épreuve longue ?
Je suis préparateur mental à Nancy, en Grand-Est. J'accompagne des sportifs de compétition, des étudiants en concours sélectifs et des dirigeants sur les épreuves qui durent.
Je propose une séance diagnostic de 30 minutes, en visio ou à Seichamps. Ce n'est pas un rendez-vous commercial : si je ne suis pas la bonne personne pour vous, je vous le dis.

